mercredi 1 juillet 2009

L'art africain entre silence et promesse (Daniel Payot, 2009) [AAESP]

On trouvera à cette page les propositions issues de l'analyse du livre de Daniel Payot (publié en 2009), L'art africain entre silence et promesse.
Daniel Payot a enseigné en Afrique de 2003 à 2007. Il faisait commenter à ses étudiants le documentaire d'Alain Resnais et Chris Marker, Les statues meurent aussi (réalisé en 1953). La thèse du film est que les statues sont mortes avec la culture qui les avait fait naître. Cette mort n'est pas naturelle, c'est le résultat de l'intrusion des Blancs dans un monde qui n'était pas le leur. Il faut en prendre acte : aujourd'hui, ni les Noirs ni les occidentaux ne comprennent leur langue. Les statues sont silencieuses, énigmatiques, et pourtant, malgré cela, elles nous parlent, elles nous fascinent. Elles nous disent : Rien n'est irréparable. Même dans ce monde dominé par la valeur d'exposition, ces statues restent porteuses d'une promesse, celle d'une nouvelle communauté, ouverte à l'altérité, au lointain.
Finalement Daniel Payot développe ici à propos de l'Afrique ce qu'on pourrait appeler une théorie de l'"oeuvre comme promesse", dont il avait tracé les linéaments dans Anachronies de l'oeuvre d'art (1990).

vendredi 12 juin 2009

Penser à ne pas voir (Jacques Derrida, publié en 2005)

On trouvera ici les propositions tirées de ce texte de 24 pages publié dans le premier numéro de la revue de la Fondation créée par le peintre Valerio Adami (Fondazione Europea del Disegno) autour du dessin. Il transcrit une intervention improvisée par Jacques Derrida lors de la session inaugurale de cette Fondation, et est précédé d'un autre texte de 3 pages intitulé Le dessin par quatre chemins, également sous la signature de Jacques Derrida.

Dans cette intervention, Jacques Derrida reprend la plupart des thèmes déjà évoqués dans Mémoires d'aveugle (livre publié en 1990) : selon lui ce qui rend visible n'est pas visible, le dessinateur est aveugle. Mais tandis que dans les années 1960 ou 1970, il considérait la vision sous l'angle du privilège que lui accorde le logocentrisme (héliocentrisme), il la situe désormais plus du côté de l'autre ou du tout-autre, de la différance ou de l'espacement. C'est là qu'intervient l'expérience du dessin. S'il est digne de ce nom, le dessin résiste à la logique binaire du logos, et aussi au politique. Il est spectral, il s'expose à l'événement. Dans la nouvelle configuration historique où nous sommes, il reste à penser.

jeudi 14 mai 2009

Des Libertés Numériques, de Paul Mathias

Le sous-titre retenu pour ce livre pose une question à laquelle Paul Mathias cherche à peine à répondre. Notre liberté est-elle menacée par l'Internet? Quelle liberté? Celle de surfer à volonté, une liberté dont les réseaux peuvent donner l'impression, ou celle d'agir selon son propre désir, un liberté difficilement compatible avec un système balisé par toutes sortes de dispositifs informatiques, commerciaux ou juridiques? Quand l'internaute se sert du web pour certains usages, il accepte de se soumettre à un monde de normes et de procédures qui résulte de compromis informulés entre des acteurs le plus souvent invisibles. Paul Mathias nous parle de cette tension entre une disponibilité immédiate (Je trouve immédiatement ce que je cherche) et l'indisponibilité radicale de cette formidable machine où la technique et le code se confondent jusqu'à absorber la loi (En réalité, ça ne marche pas). Dans cette tension s'inscrit notre rapport à un discours sans cesse reformulé qui est notre discours. Nous prenons part à des communautés volatiles et mouvantes, capables de se continuer, de s'autoréparer et aussi de changer leurs buts et leurs objectifs, de prendre de l'écart par rapport à elles-mêmes. Et si là, dans cet écart, se situait le seul degré de liberté qu'apportent les réseaux? Sans qu'aucune organisation politique structurée ne se forme sur le Web, l'espace public pourrait en être bouleversé.

mardi 28 avril 2009

Le spectateur émancipé (Jacques Rancière, 2008)

Ce texte est le troisième de Jacques Rancière à être analysé selon la méthodologie d'Idixa. On trouve sur cette page les propositions qui ont été établies à partir de sa lecture.
Souvent l'art actuel se veut politique, il se dit art critique. Mais l'est-il vraiment? S'il s'agit de faire prendre conscience aux dominés de leur aliénation, on peut en douter. Ils n'ont pas besoin d'un artiste pour connaître les difficultés dans lesquelles ils se débattent. Ce qui les intéresse, c'est de sortir de la répétition : faire autre chose de leur corps, vivre d'autres expériences sensibles, s'éloigner des contraintes de la vie courante. Vouloir émanciper les masses en faisant triompher le vrai sur l'illusoire, c'est rester dans une logique de la représentation. C'est coller à une éthique avec laquelle, justement, le régime esthétique de l'art cherche à rompre.
L'art de la dénonciation militante n'est pas critique, mais consensuel. Il reste inscrit dans la vieille logique représentative et mimétique, où la rhétorique de l'artiste reste engluée dans ce qu'elle dénonce. L'art véritablement critique est celui qui introduit de la séparation dans le vécu sensible. Désormais l'esthétique n'est pas réservée à une élite supposée savoir. C'est un partage du sensible qui met à distance les hiérarchies établies, une scène de l'égalité où les performances hétérogènes s'échangent. Cela suffit pour que l'art soit politique. Il porte alors les dissensus et les tensions qui font de l'image un objet non descriptible ou réductible à un sens, flottant entre différentes fonctions, pensif. L'artiste libre, insouciant, ne révèle aucun secret caché. Il dérange la connexion usuelle du verbal et du visuel. Par les installations ou la vidéo, il joue des écarts entre différents régimes d'expression.

dimanche 26 avril 2009

Demain les posthumains, par Jean-Michel Besnier

On trouvera les principales propositions issues de ce livre à cette page.
Jean-Michel Besnier commence par constater que les frontières de l'homme sont indéterminées. Où commence la machine? L'animal? L'inerte? Où se termine la culture et où débute la nature? L'humanisme des Lumières était fondé sur la croyance en une spécificité de l'homme, que les technosciences actuelles ignorent. L'homme est formé des mêmes ingrédients que les autres composants de l'univers. S'il a une particularité, c'est d'être ouvert à tous les possibles. Les technosciences de ce siècle (NBIC = nanotechnologies - biotechnologies - informatique - sciences cognitives) menacent son identité de manière irréversible. L'humanité peut transformer la naissance, la maladie et la mort (transhumanisme), elle peut modifier son corps et améliorer ses performances. Sa liaison de plus en plus étroite à la machine change la langue et les relations humaines.
Le livre n'aboutit à aucune conclusion figée. Pour survivre dans son milieu, l'humanité doit reconnaître la dignité du non-humain. On parle d'excès et de démesure, mais ce n'est que le prolongement de ce que l'homme a toujours fait. Le post-humain n'a rien de honteux ni de scandaleux : c'est le chemin par lequel doit passer un autre humanisme basé sur la non-exclusion de l'autre. En-dehors de toute conception mécaniste du monde, il faut accueillir l'inédit. Ce qui émerge est nécessairement inconnu, on ne peut pas le prévoir à l'avance.

jeudi 2 avril 2009

Jacques Rancière, Le partage du sensible

Dans ce petit livre où il répond aux questions de deux jeunes philosophes, Jacques Rancière clarifie sa conception des régimes esthétiques de l'art. On trouvera dans les parcours suivants, selon la méthode idixienne, des éléments repris de ces explications.
- On peut distinguer, dans la tradition occidentale, trois régimes d'identification de l'art : éthique, représentatif et esthétique
- En art, le sensible est partagé selon les mêmes découpages que ceux qui partagent la communauté
- Le régime esthétique de l'art repose sur l'égalité : en n'importe qui peuvent se rencontrer l'activité fabricatrice et l'émotion sensible
- Un tournant éthique affecte aujourd'hui l'esthétique et la politique : un droit humanitaire, de justice infinie, au-delà de tout droit, qui évacue le droit même
- "Post-moderne" est le nom donné à l'échec du modèle téléologique de la modernité

mardi 31 mars 2009

La crise de l'art contemporain, Yves Michaud

Yves Michaud n'a pas de sympathie particulière pour les milieux officiels de l'art; il aurait même plutôt tendance à les rendre responsables de quelques'uns des maux de l'art contemporain : élitisme, esprit de chapelle et conformisme. C'est ce qu'il appelle l'art institutionnel, qui n'a (selon lui) pour légitimité que le respect autiste de ses propres procédures. Il est difficile de lui donner tort! mais difficile aussi de se contenter de cette explication unique de la perte de contact avec le public. D'ailleurs il le reconnaît lui-même, l'art n'est pas réductible à un seul courant, il est multiple, comme le sont les goûts et les normes.
On trouve ici l'ensemble des propositions établies pour l'idixation de ce texte.
Parcours de lecture :
- En art, la pluralité des systèmes de valeur est devenue une norme et une valeur
- L'expérience de l'art institutionnel est conventionnelle : "est de l'art ce qui suit les procédures de l'art".