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dimanche 24 août 2008

Le postmoderne expliqué aux enfants, par Jean-François Lyotard

J'ai "idixé" ce texte, c'est-à-dire que j'ai établi des propositions qui permettent d'y circuler. Elles se trouvent en permanence ici dans le site. Plutôt que de rédiger un résumé qui ne serait pas dans l'esprit de ce travail, je préfère donner ci-après la liste de ces propositions. La première, entre crochets, est un "parcours de lecture", c'est-à-dire une proposition dont le trajet en redistribue d'autres.
- [L'art moderne trouve son ressort dans une esthétique du sublime : discordance du présentable et du concevable; retrait du réel]
- La modernité n'est pas une époque, mais plutôt un mode dans la pensée, l'énonciation, la sensibilité
- L'artiste ou l'écrivain postmoderne travaille pour établir les règles de "ce qui aura été fait"
- Aujourd'hui la raison - ensemble des règles qu'un discours doit respecter s'il vise à connaître et faire connaître son objet (son référent) - est subordonnée à la performance
- Le postmoderne est le moderne à l'état naissant
- Le totalitarisme subordonne les institutions légitimées par l'idée de liberté à la légitimation par le mythe d'une chaîne de transmission fondée sur des noms propres
- Le capitalisme n'a pas besoin d'autre légitimation que sa formule canonique : "Je te cède ceci, si tu peux me contrecéder cela"
- La destruction des métarécits modernes tient à l'impossibilité de continuer à organiser les événements selon l'idée d'une histoire universelle de l'humanité
- Ce qu'on appelle liberté est l'écoute de ce qui peut arriver, et qu'il faudra juger au-delà de toute règle
- La modernité ne va jamais sans l'ébranlement de la croyance, et l'art moderne sans une présentation de l'imprésentable
- Les métarécits de la modernité ne légitiment pas les institutions par un acte originel fondateur, mais par une idée à faire advenir, un projet
- Quoiqu'on puisse penser des avant-gardes artistiques, elles ont fonctionné comme une "perlaboration" de la modernité sur son propre sens
- Le développement des technosciences, mû par une force autonome, ne s'intègre plus dans le projet d'émancipation de l'humanité
- Si l'on parle de "développement" plutôt que de "progrès", c'est parce qu'il est devenu impossible de le légitimer par la promesse d'une émancipation de l'humanité toute entière
- La photographie et le cinéma accomplissent mieux, plus vite et avec une diffusion plus large la tâche que l'académisme assignait au réalisme pictural et narratif : stabiliser le référent
- Philosopher, c'est renouer avec l'enfance de l'esprit : un monstre qui n'en finit pas de commencer - mais jamais par le commencement, toujours par le milieu

samedi 9 août 2008

Au Juste, de Jean-François Lyotard et Jean-Loup Thébaud

J'ai idixé ce texte important (et souvent oublié) de Jean-François Lyotard et Jean-Loup Thébaud.
Les propositions associées se trouvent ici.
Cinq parcours de lecture y trouvent leur source :
- Aucun discours de savoir ne peut justifier le Juste, on ne peut que le prescrire
- A chaque fois que manquent les critères de jugement, on est dans la modernité - quels que soient le lieu et la date
- Dans la pensée juive, la place de l'autre (celui qui me parle) n'est jamais occupable par moi
- La modernité se caractérise par l'apparition de la capacité énonciative,
- Il y a paganisme chaque fois que le juge ou celui qui dit la justice est pris dans la même sphère du langage que ceux qu'à l'occasion il va juger

vendredi 8 août 2008

Schibboleth, de Jacques Derrida

J'ai encore consacré beaucoup de temps à ce texte de Jacques Derrida sur la poésie de Paul Celan (ce n'est jamais que la troisième lecture, et pas la dernière). On trouvera ici la trentaine de propositions qui s'y rapportent. Aucune ne donne une définition simple et unique du schibboleth : il reste indéchiffrable, mais le voici articulé à la signature, la date, l'alliance, l'anneau, etc... et aussi - ce qui n'est pas sans importance pour le projet idixien : à l'art.
J'ai joué le jeu du schibboleth avec quelques images : la plupart des propositions y trouvent une nouvelle sorte de dissémination.

jeudi 31 juillet 2008

Le Postmodernisme, ou la logique culturelle du capitalisme tardif

On trouvera l'ensemble des propositions relatives à ce texte ici :
Voici les parcours de lecture :
- Le postmoderne est un soulagement, un déblocage, la libération d'une nouvelle productivité que le modernisme avait gelée;
- Désormais les affects et sentiments du moi flottent, libres d'attaches et impersonnels;
- La culture postmoderne est toujours plus dominée par un hyperespace qui prévaut sur le temps;
- Dans le postmoderne, ce qui est en jeu n'est pas le nouveau, mais la répétition (ou la citation);
- Le trait commun à tous les postmodernismes est l'effacement de la vieille opposition, essentiellement moderniste, entre la grande Culture et la culture commerciale;
- L'art culturellement dominant à l'époque postmoderne n'est pas le cinéma, mais la vidéo, dont le flux continu est porté par les médias;
- Le pop'art et ses corollaires la pop'histoire et les pop'images, prennent acte de la perte du référent.

mardi 22 juillet 2008

Le partage des voix, Jean-Luc Nancy

J'ai surtout travaillé sur la seconde partie de ce texte daté de 1982. J'en ai tiré (entre autres) deux parcours :
- Nous existons dans le partage des voix, c'est ce partage qui fait de nous ce que nous sommes.
- Interpréter, c'est savoir pour comprendre. C'est une circularité qui présuppose la propriété d'un sens.

dimanche 6 juillet 2008

L'écran global, Culture-médias et cinéma à l'âge hypermoderne (par Gilles Lipovetsky et Jean Serroy)

Ce livre a été "idixé". On peut lire ici la page consacrée à Gilles Lipovetsky où l'on peut lire les propositions et les parcours de lecture construits à partir de ce texte, qui sont les suivants :
1. Plutôt qu'une post-modernité, l'hypermodernité est une modernité au carré où tout s'extrêmise et devient vertigineux, hors limite.
2. L'hypercinéma en donne toujours plus : surenchère du débordement, du trop-plein, de l'outrancier, de l'obscène, du violent et du déréglé.
3. Dispositif d'image radicalement inédit inventé par le cinéma à la charnière des années 1900, l'écran est devenu global et omniprésent.
4. Le cinéma illustre le lien intrinsèque de la modernité avec la mode : des figures stéréotypées, éphémères, séduisantes et facilement reconnaissables.

vendredi 4 juillet 2008

Valse avec Bachir (Ari Folman, 2008)

Critique de film publiée par Ozzy Gorgo sur le site idixa.net à cette adresse.
C'est un film qui se moque des genres et des catégories. Animation? Documentaire? Cinéma-réalité? Docu-fiction avec juste ce qu'il faut d'images d'archives lâchées dans les dernières secondes pour produire un effet de réel? Restitution par l'enquête, par la mémoire ou par le rêve? Thérapie? Auto-thérapie? Culpabilisation ou à l'inverse déculpabilisation? Par certains aspects, le procédé rappelle celui du Shoah de Lanzmann : des témoins fouillent dans leur mémoire. Ils racontent. On ne recueille d'eux rien d'autre que la parole et le souvenir. Mais au lieu de se tenir à l'écart de toute esthétisation, Ari Folman fait l'inverse. Il esthétise les images, ce qui produit un effet de distanciation, d'épuration et aussi de fascination. Aucun des témoins interrogés ne restitue la totalité du passé, mais tous ensemble dessinent une figure qui finit par prendre sens, celle de l'horreur. Ils en portaient chacun en eux une parcelle. Elle travaillait de l'intérieur, mais n'émergeait pas. La voici en pleine lumière, mais ce n'est pas exactement la lumière habituelle, c'est celle du dessin animé. On n'est pas dans l'actualité, dans l'image à la façon d'un reportage de CNN. Il s'agit de recomposer le vécu. Il n'y a aucune garantie d'objectivité, seulement des paroles vraies.

Ce film prend Walter Benjamin à la lettre. Pour faire de l'histoire, il incite les témoins à se réveiller. Ils sortent d'un rêve qui était leur vie courante pour tomber dans un cauchemar vieux de 25 ans, qu'ils n'ont pas envie d'évoquer mais qui revient comme un trauma. Ce passé n'est peut-être pas vraiment le leur. C'est celui qu'on leur a imposé, mais ils ne le répudient pas. Ils en reconnaissent la justesse, sans pour autant s'y identifier. C'est comme si tout ça avait été vécu par une autre personne. Le cinéaste se présente comme narrateur, il évoque sa propre vie, mais c'est comme s'il se faisait le monteur d'une histoire impersonnelle, irréelle. Si nous ressentons ce film comme historique, c'est peut-être justement à cause de cette indifférence. Le narrateur ne justifie rien, il ne condamne même pas explicitement, il laisse ces détails se recomposer sous nos yeux. C'est nous qui voyons ces extraits de mémoire se mettre en place et s'animer. En ce point l'animation prend son sens. A-t-on déjà vu un dessin animé se faire tout seul? Puiser en lui-même sa propre force?