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mercredi 26 mai 2010

Homo sacer, de Giorgio Agamben (texte paru en français en 1997)

Nous reprenons ci-après le résumé de ce livre qui est au coeur de la pensée de Giorgio Agamben (voir aussi cette page de l'Orloeuvre). L'auteur y analyse les sources du droit et du pouvoir souverain.

A l'origine de l'ordre juridico-politique en Occident est la relation d'exception. Par cette relation, la vie (externe) peut être capturée par le droit (interne). Comme l'explique Carl Schmitt, le souverain a pour fonction de prendre les décisions dans les situations exceptionnelles. Le norme ne peut être instaurée que par la violence, dans les situations désignées comme états d'exception, où le souverain, comme dans l'état de nature, se situe en un point d'indifférence, ni intérieur, ni extérieur.

Quand le souverain édicte la loi, seule compte sa forme pure. Elle entre en vigueur directement, sans qu'aucune justification ni signification ne soient nécessaires.

A l'autre extrême, dans une relation d'exception analogue, se situe le ban, qui garde la mémoire de l'exclusion originaire illustrée par l'homo sacer de la Rome archaïque. L'homo sacer faisait l'objet d'une double exclusion : de la justice humaine et de la justice divine. La symétrie entre son statut et celui du souverain explique l'ambivalence de la notion de "sacré" dans les sociétés traditionnelles.

"Ban" est un mot paradoxal qui désigne à la fois l'exclusion de la communauté (comme dans ban-lieue) et l'enseigne du souverain (la bannière). Le sujet y est considéré comme vie nue, simple corps biopolitique.

La modernité commence quand l'espèce et l'individu, définis par leur naissance en tant que simples corps vivants, deviennent l'enjeu des stratégies politiques. Cela vaut pour les Etats démocratiques comme pour les Etats totalitaires. Dans un cas, on a la gestion de la vie (la santé, la démographie, la sécurité, etc...) sur la base de notions hybrides comme les bonnes moeurs, l'ordre public ou la force majeure; dans l'autre, la production de la mort (les camps, les handicapés). Dans les deux cas, le peuple est en cause et le réfugié est exclu. L'espace de la vie nue, qu'on ne distingue plus de la façon de vivre, finit par coïncider avec l'espace politique.

La conséquence ultime de cette prévalence du biopolitique est le totalitarisme. Le führer, par sa seule voix, s'identifie avec la vie même du peuple allemand. S'il extermine les juifs, ce n'est pas en tant qu'ennemis, mais en tant que vie nue, dans un lieu (le camp) où tout est possible, et dans une ambiance où l'état d'exception tend à devenir la règle.

Les droits de l'homme restent englués dans une relation où le corps est assujetti au pouvoir souverain. Pour en sortir, il faut un point de vue messianique : penser au-delà de la loi.


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